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Publié par dimytri foulon

 

 

abstrait

C’est à la même époque, en 1911, que le compositeur russe Scriabine (1872-1915), qui avait probablement connu Rimington, présente sa symphonie « Prométhée, le Poème du feu » dont l’exécution nécessite la présence d’un clavier à couleurs dans l’orchestre. Scriabine voulait s’adresser à tous les sens de ses auditeurs pour leur donner la perception d’un monde en vibration constante.

Revenons à la peinture. En adoptant cette nouvelle vision du monde, l’artiste ne va plus tenter de le reproduire en l’imitant. Il va surtout s’inspirer de ses sensations, visuelles et acoustiques, pour en donner une vision intérieure plus conforme aux nouvelles données scientifiques. Il faut rapprocher l’art du continuum vibratoire de la nature. Gauguin écrira ; « Pensez à la part musicale que prendra désormais la couleur dans la peinture moderne. La couleur qui est vibration de même que la musique est à même d’atteindre ce qu’il y a de plus général et partant de plus vague dans la nature : sa force intérieure. » L’accent est donc mis sur une fonction émotionnelle de la couleur identique à la fonction émotionnelle de la musique. Ce sera « l’œil musical ».

Dans la même veine, d’autres chercheurs ont réussi à transposer en inscriptions graphiques les vibrations sonores. Les clichés qu’ils en ont tirés ont été publiés et certains seront utilisés par les artistes séduits par ces nouvelles perspectives. Les jalons de la peinture abstraite sont ainsi placés.

Comment s'est développée l’abstraction sur le plan pictural ? Jean-Louis Ferrier (critique et auteur de « l’Aventure de l’Art au XXe siècle » définissait trois fondateurs à parts égales :

  • Vassily Kandinsky, véritable précurseur, qui écrit en 1910 dans son ouvrage Du Spirituel dans l'Art, et dans la Peinture en particulier, que l'idée de l'inutilité de la représentation lui a été soufflée par un de ses tableaux posé par erreur sur un côté,
  • Piet Mondrian, qui a obtenu ses structures géométriques abstraites par dérivation progressive d’une de ses peintures d’un parc à huîtres en contre-jour de la mer,
  • et Kasimir Malevitch, qui a recherché la simplification extrême aboutissant au fameux « Carré noir sur fond blanc ».

Pour ces trois fondateurs le passage de la figuration à l’abstraction s’est opéré assez lentement entre 1910 et 1917. Mais le genre aura été bien préparé par l’évolution picturale générale de l’époque, qui aura fondé aussi le cubisme, le rayonnisme, le futurisme, etc., et même le ready-made (1913) : l’abstraction n’a pas été une révélation isolée, elle fait partie d'un contexte global extraordinairement créatif dans tous les arts. En particulier les artistes impressionnistes avaient déjà produit des toiles quasi-abstraites, toutes adonnées à la lumière (par exemple dans certains tableaux de Bonnard, les personnages sont presque invisibles).

Parmi ces différentes évolutions, aujourd'hui encore, l’abstraction reste la plus mal acceptée par le public, car un tel tableau ne « représente » rien, ce qui parfois choque le goût, les habitudes, la formation ; une œuvre abstraite doit en effet s’aborder dans un esprit différent[6] des œuvres figuratives

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